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Aimée Brouillard, une artiste au service d’un art éphémère

Vendredi 1 février 2008

Rédigé en octobre 2004 – cours de journalisme culturel – Université d’Ottawa

Aimee BrouillardArtiste de l’éphémère, Aimée Brouillard passe inaperçue dans les couloirs de l’université. Ses cheveux châtains sont négligemment attachés en arrière. Sa prestance et son allure sportive respirent l’envie d’aller à la découverte du monde. Pourtant, il ne faut pas très longtemps pour discerner une jeune femme rayonnante d’originalité. Son piercing atypique lui donne un air sagement provocateur et souligne un peu plus son grand sourire. Mais ce sont surtout ses lunettes qui caractérisent le plus la jeune fille. Rouges et noires, insolites, elles révèlent un visage et une personnalité comme une galerie expose ses œuvres.

Les œuvres, Aimée Brouillard connaît. Toute petite déjà, à Timmins au nord de l’Ontario, sa grand-mère la forme aux arts amérindiens. De son côté, sa mère lui met des dessins dans ses sandwiches. Dès lors, Aimée se sent touchée par les arts. Elle commence à “explorer”. Ce tâtonnement dans son art s’avère surtout fructueux au secondaire. Elle est enfin reconnue grâce à ses œuvres dérangeantes pour la population du village. La représentation en plâtre d’une femme cambrée en arrière, portant un fœtus que l’on voit dans son ventre est l’illustration parfaite de son côté provocateur.

Cependant, son arrivée à l’Université d’Ottawa lui offre d’autres perspectives. Aimée vit un véritable choc artistique. “C’était la première fois que j’étais introduite à l’art contemporain [...] j’essayais de me situer à travers mon art”. Elle met un an et demi à s’adapter à ces nouvelles formes et découvrir ses futures références. A force de patience, elle trouve son équilibre dans l’art conceptuel, inspirée par les œuvres d’Annie Thibault et l’héritage de l’amérindien Tom Hill.

Pour des raisons financières, l’artiste se tourne très vite vers des matières peu onéreuses. C’est le déclic. Aimée retrouve ses racines amérindiennes et se dirige vers les matériaux les plus basiques, ceux issus de la nature. Écorces, feuilles, légumes, tout est prétexte à donner vie à un projet.

La jeune artiste se lance alors dans les œuvres contemporaines, utilisant le langage amérindien. “L’art amérindien peut devenir un art contemporain, pas seulement un art de crafting”. Avec l’aplomb de ses 21 ans, elle met donc en scène ses projets, empreints des valeurs qui lui sont chères. Toutefois, elle se rend compte des difficultés liées aux caractéristiques de cet art. “Je ne suis pas encore assez confiante pour dire que je fais de l’art amérindien [...] un jour, j’espère pouvoir dire que c’est ce que je fais” assure-t-elle en souriant.

A défaut de pouvoir mettre un nom sur son travail, Aimée explore le monde de l’art conceptuel. L’artiste joue avec les matières, l’évolution et le caractère provisoire des matériaux, insérant au besoin des éléments de shock-art. Perfectionniste, elle cherche ses mots pour expliquer précisément ce qu’elle crée. Son but est de générer une interdépendance éphémère entre ses œuvres, l’environnement et le spectateur-acteur. “Je transforme la pièce en expérience [...] l’interaction est le plus intéressant [...] afin que mon œuvre existe, les gens doivent y participer” affirme-t-elle. Dans sa dernière exposition, Aimée crée un équilibre fragile entre des morceaux de bois mort et leurs insectes, la galerie et les spectateurs. Ils percutent et font tomber les morceaux de bois à leur passage, interférant avec le milieu dans lequel ils évoluent. Cette interaction les rend lucides sur l’existence de leur environnement.

Ce sujet est très important pour l’artiste. Toutes ses œuvres entretiennent un rapport avec cette prise de conscience de notre environnement. Et qu’on se le tienne pour dit, Aimée “ne (peut) pas supporter cette culture de consommation”. Elle n’achète aucun matériau pour créer.

Engagée, Aimée Brouillard sème donc ses œuvres éphémères, et cultive un talent qui, lui, est loin de l’être. 

Photo : ©Tony Fouhse photography

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